Il y a des films dont on ne sort pas indemne. L'Abandon fait partie de ceux-là. Vincent Garenq restitue les onze derniers jours de Samuel Paty avec une précision chirurgicale, sans effets, sans larmes forcées, sans reconstitution dramatisée. Juste les faits. Et les faits, ici, sont suffisamment bouleversants.
Le réalisateur d'Au nom de ma fille reconstruit heure par heure la mécanique qui a conduit à l'assassinat de l'enseignant le 16 octobre 2020. Antoine Reinartz incarne Samuel Paty avec une retenue qui saisit, un homme ordinaire, un professeur qui fait son métier, pris dans un engrenage qu'il ne comprend pas encore. Emmanuelle Bercot porte, elle, ce que le système a préféré ignorer. Le titre dit tout : "L'Abandon" n'est pas le fait d'une seule personne. C'est un abandon collectif, institutionnel, systémique.
Ce qui frappe dans ce film, c'est le refus d'extrapoler. Garenq s'en tient aux faits, rien que les faits. Pas de raccourcis, pas de jugement. Le film documente. Et c'est précisément pour ça qu'il est nécessaire. Un film d'utilité publique dans le sens le plus noble du terme, présenté hors compétition à Cannes 2026.
La sobriété du récit peut peser, certains spectateurs auraient peut-être souhaité plus d'espace émotionnel. Mais ce parti pris de la retenue est une force : il respecte les faits autant que les personnes. On ressort de la salle silencieux. C'est probablement ce que Garenq cherchait.
"Un film nécessaire. Douloureux. À voir absolument."
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