Critique. Drame. Autofiction

Autofiction. Almodóvar intime

Manéci. 21 mai 2026. Pedro Almodóvar. Avec Bárbara Lennie, Leonardo Sbaraglia, Aitana Sánchez-Gijón. 1h51. En compétition à Cannes 2026

Affiche Autofiction

Vingt-cinq films. Pedro Almodóvar n'a toujours pas épuisé les questions qui l'obsèdent : la création, la douleur, la frontière poreuse entre ce qu'on vit et ce qu'on finit par écrire. Autofiction arrive en compétition à Cannes 2026 avec une histoire de miroirs : Raúl, cinéaste en crise créative, s'invente un double pour pouvoir écrire.

Lorsqu'un drame frappe l'une de ses collaboratrices les plus proches, il s'en empare et le transforme en matière de fiction. Il imagine Elsa, une réalisatrice dont le parcours finit par refléter le sien. Les deux personnages deviennent les deux faces d'un même visage, dans un jeu de miroirs où l'autofiction révèle autant qu'elle abîme. Almodóvar filme cette frontière entre la vie et la création avec une précision qui n'appartient qu'à lui.

Bárbara Lennie porte Elsa avec une justesse qui n'a rien de démonstratif. À ses côtés, Leonardo Sbaraglia compose un Raúl habité, fragile derrière ses certitudes. Aitana Sánchez-Gijón, Milena Smit et Victoria Luengo complètent un film qui n'oublie aucun de ses personnages, même les plus secondaires.

La presse espagnole parle d'un Almodóvar "diaphane, précis, serein". La formule est juste. Autofiction n'est pas un film qui crie. Il s'installe, il observe, il laisse ses personnages exister. Pour ceux qui attendent le feu des grandes années, il faudra peut-être accepter quelque chose de plus intérieur. Et c'est souvent là qu'Almodóvar est le plus grand.

Verdict Manéci

"Almodóvar filme la création comme d'autres filment la violence : avec le sentiment que quelque chose d'irréparable est en train de se passer."

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